[Chronique] Faut-il dompter ses émotions ?

Le 21 Jan 2020

Pauline GoujonConsultante Coach IDAE Consulting

« J’ai un problème. Quand mes émotions me submergent, je perds toute crédibilité. Je suis sûr que mon Manager et mon équipe voient cela comme un manque de professionnalisme. Aidez-moi à les museler, sans quoi jamais on ne me confiera ce poste qui me fait tant envie.»

Nombreuses sont les personnes qui me demandent de les accompagner en coaching autour de cette thématique des émotions. Les émotions semblent être un problème en soi. Aidez-moi à les réprimer et tout ira mieux ! Quand j’écoute ces personnes me parler de leurs affects, je ne peux m’empêcher de penser à un animal monstrueux qui serait caché en elles, n’en faisant qu’à sa tête. Il faudrait le mettre genou à terre pour reprendre le contrôle de soi.

Pourtant, les émotions sont une mine d‘informations dont il serait dommage de se priver.  Elles nous renseignent sur ce que nous sommes en train de vivre et sur nos besoins fondamentaux. Dès qu’une émotion émerge, c’est le signal que notre équilibre a été modifié, et que l’un de nos besoins n’est plus satisfait.

Je ressens de l’inquiétude ? C’est sans doute que j’anticipe un événement à venir comme présentant un danger (si ce n’est vital, du moins social). Peut-être une réunion à fort enjeu ? Un entretien d’embauche ? Une semaine qui s’annonce chargée ? Je dois accepter que cette situation m’inquiète et m’y préparer afin d’atténuer mon inquiétude.

Je ressens de la colère ? Quelque chose doit faire obstacle à mes valeurs, à mes projets, à ma vision du monde. L’irritation que je ressens quand mon collègue annule notre rendez-vous à la dernière minute ne vient-elle pas mettre le doigt sur mon besoin d’optimiser mon temps le mieux possible ? Prévenu(e) plus tôt, j’aurais sans doute pu prendre mes dispositions et mieux m’organiser.

Je me sens attristé(e) du départ de mon manager ? Je suis en train de réaliser que nous n’aurons plus jamais l’occasion de collaborer ensemble. Voilà une page qui se tourne et je dois me donner le temps de l’accepter.

Dans le milieu professionnel, soucieux de notre crédibilité, nous avons tendance à refouler nos émotions, à les réprimer. Certains cherchent à les dissimuler pour « garder la face ». Sauf qu’en mettant un couvercle bien étanche dessus, c’est l’effet « cocotte-minute » garanti !

Plutôt que de chercher à dompter nos sentiments, les techniques cognitives préconisées aujourd’hui nous encouragent à accepter que l’émotion est là, et nous encourage à partir à la recherche du besoin qui se cache derrière.

Voici une méthode en 4 étapes que je préconise aux personnes que j’accompagne et qui souhaitent apprendre à réguler leurs émotions.

1- Observez l’émotion :

Imaginez que votre émotion soit un ballon flottant sur la mer. Si vous cherchez à camoufler ce ballon en le faisant plonger sous la surface de l’eau, la résistance sera de plus en plus forte au fur et à mesure que vous appuierez dessus. A la longue, épuisé par tant d’efforts, vous pouvez finir par lâcher: le ballon risque alors de rejaillir à la surface de façon violente et anarchique.

Plutôt que de les balayer d’un revers de main, prenez le temps d’observer vos émotions, comme vous observeriez ce ballon flottant à la surface de l’eau. Faire preuve de curiosité, porter de l’attention à nos ressentis fait partie du processus de régulation des émotions.

Comment est-ce que je me sens ? Comment cette émotion se manifeste-t-elle dans mon corps? De quelle émotion peut-il s’agir ? Est-ce que je peux la nommer ? Quelle en est l’intensité ?

Cette phase permet de se détacher de l’émotion, de ne plus faire corps avec elle, et de s’en distancier.

2- Reliez-la à un fait générateur :

Cherchez à mettre de la clarté sur le flou dans lequel peut vous jeter votre émotion ; il est scientifiquement prouvé que lorsque nos émotions sont aux commandes, notre cerveau logique et rationnel fonctionne beaucoup moins bien.

Prenez le temps de vous poser clairement cette question : « Depuis quand est-ce que je suis dans cet état émotionnel et quel est le fait générateur qui m’y a conduit? ».

Lorsque vous avez la réponse, prenez le temps de l’expliciter, éventuellement à voix haute : « Je comprends que l’inquiétude que je ressens est liée à l’approche de mon entretien annuel d’évaluation, qui a lieu la semaine prochaine. Je suis inquiet(e) car la pensée qui me vient alors est la suivante : Et si cela se passait mal ?».

Cette étape, que les chercheurs en psychologie nomment « la défusion cognitive », vise là encore à se détacher de ses pensées en les observant sans passion, de façon la plus neutre possible.

3- Découvrez le besoin non satisfait qui se cache derrière :

Explorez alors lequel de vos besoins fondamentaux est en train d’agiter son drapeau rouge.

S’agit-il d’un besoin de sécurité ?  Les 3 dernières années, votre entretien annuel d’évaluation s’est très mal passé. Vous avez été prévenu que vous n’aurez pas le droit à une nouvelle chance…

S’agit-il d’un besoin d’excellence ? Vous vous mettez la barre très haut. Pour vous, ne pas avoir la note maximale est synonyme d’échec. Or l’un de vos projets ne s’est pas passé exactement comme prévu.

S’agit-il d’un besoin de reconnaissance ? Vous savez que vous jouez gros cette année. A l’issue de cet entretien, votre Manager va certainement vous annoncer si vous obtiendrez cette promotion tant attendue.

S’agit-il d’un besoin d’harmonie ? La relation avec votre manager n’est pas au beau fixe et cela vous met en difficulté, vous qui êtes si sensible à la qualité des relations.

4- Agissez :

Mettre le doigt sur votre besoin doit vous permettre de chercher les moyens d’y répondre. Bien souvent nous avons plus de moyens à notre disposition que nous le pensons.

Dans les exemples cités plus haut, vous pouvez décider de reconnaître que vous n’êtes pas fait pour cette entreprise et prendre le taureau par les cornes en refaisant votre CV.

En l’acceptant, en l’observant, en l’analysant puis en agissant, vous reprenez la main sur votre émotion douloureuse. Vous vous donnez les moyens de résoudre cette situation qui ne vous convient pas. Il n’y a rien de pire que de subir. Alors ne cherchez plus à tourner le dos à vos émotions, et encore moins à les museler. Accueillez-les, écoutez-les et seulement ensuite, mettez-vous en mouvement !

Pauline GOUJON
Coach professionnelle certifiée