Managers, Comment faire face à l’incertitude et au flou ?

Le 29 Avr 2020

Selon Yi Chae Yol, sociologue et professeur de l’Université nationale de Séoul, “ plus la qualité de la société est élevée, plus celle-ci est résiliente face à une catastrophe. La qualité de la société augmenterait quand deux axes conjuguent à la fois tension et équilibre. Les gens doivent rester libres tout en restant capables d’agir collectivement. Les institutions et le système doivent être compétents et régulés tout en restant souples et ouverts. ”

Dans cette période où tout semble imprévisible, où les directives sont mouvantes, où les règles de déplacement, de confinement ou de déconfinement, peuvent changer brutalement, comment faire face à l’incertitude et au flou ? Comment ne pas s’enfermer dans le statut de victime ? Comment reprendre l’initiative et passer en mode résilience* ?

Ce qui est vrai pour une société l’est aussi pour une entreprise, c’est systémique. Il est impossible d’anticiper complètement ce qui va arriver avec le déconfinement : une crise économique ? Une crise sociale ? Une sortie de crise ? Quand ?

Pour diriger son entreprise, pour manager ses équipes dans cet environnement instable et sans visibilité, il est nécessaire de lâcher prise sur ce que l’on ne peut pas contrôler.

Dans un premier, temps, il faut être dans le présent, l’ici et maintenant. Avoir identifié ses propres émotions. Délaisser le contrôle au profit de l’agilité, expérimenter le lâcher-prise*. En résumé, être réactif et souple. Et transmettre cet état d’esprit à l’entreprise.

Comment ? Via une communication sincère et transparente, qui n’élude ni les problèmes, ni les appels à la cohésion, tout en gardant des postures rassurantes, sécurisantes.

Évidemment, la communication avec les équipes ne peut pas être la même qu’avant. Mais les outils numériques existent, les boucles de communication peuvent être recréées… À condition d’accueillir, aussi, les émotions et de prendre en compte les rythmes de chacun.

Dans un second temps, il s’agira d’exercer sa responsabilité, en repoussant le sentiment d’impuissance, en sortant du discours victimisant. Il s’agit là de prendre des décisions en matière de protection, d’organisation, de priorités d’actions qui donneront des effets observables quasi immédiats et seront ainsi sécurisantes.

Je vous propose cinq repères afin d’ajuster l’exercice de votre leadership pour “ naviguer dans le brouillard ” :

  • Lâcher le but et choisir l’étape : en situation de flou ne cherchez pas à regarder le cap, fixez-vous plutôt une étape, partagez-la avec vos équipes et permettez-leur de s’engager pleinement, en responsabilité*. Ainsi le sentiment d’utilité et la confiance seront retrouvés.

  • Prendre les décisions dans le présent : soyez à l’écoute de votre environnement, interprétez-le sans vous laisser chahuter par les trépidations permanentes des médias. Et comme lorsque l’on roule sur les pistes africaines en « tôles ondulées », où, à l’inverse de notre premier réflexe, il faut accélérer pour réduire les secousses, proposez donc des actions aux équipes visant des résultats à court terme et sachez réajuster au fur et à mesure.
  • Privilégier l’agilité : Reconnaissez la complexité des choses, évitez le repli sur la directivité et le contrôle par la peur. Au contraire, c’est le moment de remettre en cause nos certitudes sur le management. Avec vos équipes soyez en initiative permanente, écoutez-les, voyez dans l’autre, dans l’équipe une source d’énergie, une capacité d’adaptation, une intelligence collective* et une volonté de contribuer face à la situation. Restez en contact avec votre environnement pour réagir en récoltant les astuces des uns, en ne reproduisant pas les erreurs des autres.
  • Conserver la proximité avec les équipes : C’est avec vos équipes que vous franchirez les difficultés, que vous atteindrez votre objectif de retour vers plus de sérénité humaine et économique. Avec eux concentrez-vous sur le chemin et reconnaissez chaque réussite, valorisez le positif, faites preuve d’un optimisme réaliste. Vous devez considérer chaque personne, être à l’écoute de son ressenti afin de la sécuriser et l’aider à retrouver la confiance. Dans ces situations de flou, votre communication, elle, doit être transparente, authentique et sans faux-semblants, mais sans vous laisser entraîner par vos propres émotions négatives, car là aussi la contagion survient !
  • Garder de la hauteur de vue : En même temps que l’on se concentre sur le court terme et sur le comment sortir de la situation de crise, apparait le risque que cela devienne l’unique objectif, la seule priorité. Et ainsi, créer le risque d’un affaissement de la motivation et des résultats dans la durée. Il est utile de prendre un peu de recul sur vos propres modes de fonctionnement et reposer les priorités dans des perspectives moyen terme, d’ici à fin 2020 par exemple. 

Et n’oubliez pas, il reste une base solide sur laquelle s’appuyer : vos équipes.

Philippe TIXIER
Consultant et Coach
Dirigeant IDAE Consulting

* Résilience : La résilience est un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à surmonter la situation et rebondir, se reconstruire, se développer et réussir. Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, en est le spécialiste reconnu.

*Lâcher-prise : Ce n’est pas abandonner, c’est renoncer à contrôler ce qui ne peut pas l’être. Il s’agit de mettre de côté nos attentes, nos désirs, nos projections et nos scénarisations afin d’accepter pleinement les événements auxquels nous sommes confrontés. A force de vouloir contrôler tout ce qui nous entoure, nous gaspillons notre énergie et nous générons stress et conflits.

*Intelligence collective : L’intelligence collective désigne la capacité d’un groupe, d’une équipe à faire converger l’intelligence et les connaissances pour avancer vers un but commun. Elle résulte de la qualité des interactions entre ses membres.