Par Pauline Goujon
Nous avons tous besoin de nous sentir inspirés. Pour cela, généralement, nous cherchons l’inspiration dans les livres, auprès de grands dirigeants, dans les parcours de personnalités brillantes ou atypiques ou encore dans les formations que nous suivons – et pourquoi pas dans les formations au management d’IDAE 😉
Pourtant, l’inspiration peut aussi se trouver beaucoup plus près de nous.
À Clermont-Ferrand et dans toute l’Auvergne, il suffit parfois de lever les yeux, de regarder le paysage ou de se promener pour croiser quelques belles métaphores du management.
Un sommet qui invite à prendre de la hauteur. Un plateau qui rappelle l’importance de la stratégie. Des volcans qui racontent la puissance de l’énergie. Une plaine qui témoigne d’une incroyable fertilité. Des lacs dont la surface paisible contraste avec la vie qui se trouve en profondeur.
Et si notre territoire avait finalement quelques belles leçons de management à nous transmettre ?
Leçon #1 – Le sommet du Puy de Dôme : s’élever pour mieux décider
Difficile d’évoquer Clermont-Ferrand sans penser au Puy de Dôme. Du haut de ses 1465 mètres, il domine la Chaîne des Puys et offre un panorama à 360° sur les paysages d’Auvergne. Le sommet abrite également les vestiges du temple de Mercure, construit au IIe siècle après J.-C. Aujourd’hui, chacun peut atteindre le sommet à pied ou à bord du Panoramique des Dômes, un train électrique à crémaillère.
Et que se passe-t-il lorsqu’on arrive au sommet ?
On voit plus loin. Et surtout, on voit plus large.
C’est précisément ce que nous pouvons attendre d’un manager : ne pas rester enfermé dans le quotidien, dans l’urgence ou dans son seul périmètre de responsabilité. Prendre de la hauteur, c’est regarder son équipe dans son environnement. Comprendre les contraintes auxquelles elle est confrontée. Identifier les opportunités. Replacer les difficultés du moment dans une perspective et des enjeux plus larges. C’est aussi prendre le temps de se demander où l’on va avant de foncer tête baissée. Car lorsque nous sommes au cœur de l’action, nous voyons rarement l’ensemble du paysage.Le manager a donc besoin de temps pour se doter d’une vision claire, pour donner du sens et guider son équipe. Et parfois, prendre de la hauteur signifie aussi accepter de ralentir.
Leçon #2- Gergovie : ne pas confondre stratégie et tactique
À quelques kilomètres de Clermont-Ferrand, le plateau de Gergovie nous ramène en 52 avant J.-C.
C’est là que Vercingétorix et ses troupes affrontent les forces de Jules César. Le terrain joue un rôle essentiel dans la confrontation. Vercingétorix cherche notamment à éviter un affrontement en plaine, favorable aux Romains, et à tirer parti de la position de Gergovie. César, de son côté, multiplie les manœuvres pour reprendre l’initiative.
Au-delà du récit historique, la célèbre bataille de Gergovie nous rappelle une distinction essentielle en management :
La stratégie donne le cap. La tactique permet de s’adapter au terrain.
Un manager peut avoir une vision claire de ce qu’il souhaite atteindre, sans pouvoir prévoir précisément le chemin pour y parvenir. Et pour cause : les marchés évoluent ; les collaborateurs changent ; les équipes se reconfigurent en permanence ; les contraintes apparaissent ; les imprévus se succèdent.
Avoir une stratégie claire ne signifie donc pas avoir un plan figé.
Le rôle du manager est de savoir où il veut aller, tout en restant suffisamment attentif à son environnement pour ajuster sa manière d’y parvenir. C’est aussi accepter que les moyens disponibles ne suffisent pas toujours. La connaissance du terrain, l’observation, l’anticipation, un bon « jeu de jambe » et la capacité à faire des choix peuvent parfois faire toute la différence.
Une bonne stratégie n’est pas celle qui avait tout prévu. C’est celle qui permet de garder le cap tout en sachant modifier sa trajectoire.
Leçon #3 – La chaîne des puys : savoir mobiliser les énergies
Avec ses quelque 80 volcans alignés sur 32 kilomètres, la Chaîne des Puys constitue l’un des paysages les plus emblématiques de notre territoire. Associée à la faille de la Limagne, elle est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2018 pour son intérêt géologique exceptionnel. Ce paysage aujourd’hui paisible est pourtant le résultat de phénomènes géologiques et d’énergies considérables.
Une belle métaphore de ce que nous vivons parfois dans nos organisations. Nous disposons tous de ressources importantes : compétences, expérience, créativité, capacité d’analyse, envie d’agir, capacité à entraîner les autres…
Mais l’énergie n’est pas une ressource que l’on peut mobiliser indéfiniment.
Le rôle du manager n’est pas simplement de mobiliser l’énergie de son équipe. Il est aussi de savoir où et pour quoi cette énergie doit être investie.
Quelles sont nos véritables priorités ? Qu’est-ce qui mérite notre attention ? Quelles activités consomment inutilement nos ressources ? Quelles compétences pourraient être davantage mobilisées ?
Dans un environnement professionnel marqué par le changement et l’accélération, la question n’est peut-être plus seulement : « Comment faire plus ? » mais plutôt
« Où notre énergie va-t-elle vraiment faire la différence ? »
Et cela vaut aussi pour le manager lui-même. Savoir préserver ses ressources, reconnaître ses limites, investir son temps « au bon endroit », sur ce qui est réellement attendu de lui, et trouver les conditions de sa propre régénération participe pleinement d’un management durable.
Leçon #4- La Limagne : créer un terreau fertile pour son équipe
Depuis les hauteurs du puy de Dôme, le regard porte naturellement vers la plaine de Limagne, reconnaissable à ses fameuses « terres noires ». Leur histoire est intimement liée à celle du territoire : au fil du temps, des matériaux issus notamment de l’activité volcanique, mêlés aux sédiments et à la matière organique, ont contribué à former ces sols particulièrement riches. Cette terre sombre et fertile est aujourd’hui l’un des grands territoires agricoles de notre région. Blé, maïs, tournesol, colza y sont cultivés… Ainsi, la Limagne nous rappelle qu’un sol fertile est le résultat d’une histoire, d’un environnement et de ressources qui se sont progressivement combinés.
Une belle métaphore de ce que nous pouvons attendre d’un manager : Créer un terreau fertile pour son équipe. Car le manager ne fait pas grandir directement ses collaborateurs.
Il crée les conditions qui rendent leur développement possible. Donner de la clarté. Reconnaître les contributions. Permettre à chacun de mobiliser ses talents. Favoriser la coopération. Donner le droit d’essayer, d’apprendre et parfois de se tromper.
Après tout, on ne fait pas grandir une plante en tirant sur sa tige. On veille à la qualité du sol, à la lumière, à l’eau… puis on lui laisse la possibilité de pousser.
Leçon #5- Les lacs : cultiver son calme intérieur
Enfin, il suffit de quitter Clermont-Ferrand et de monter vers les massifs pour découvrir un autre visage de l’Auvergne : celui des lacs volcaniques. Notre petit chouchou ? Le lac Pavin. Il est sans doute l’un des plus fascinants. Né il y a environ 7 000 ans d’une éruption volcanique, ce lac de forme presque parfaitement circulaire atteint… 92 mètres de profondeur !
Ce qui le rend particulièrement remarquable se trouve en fait sous sa surface : le Pavin est un lac méromictique, unique en France. Concrètement, ses eaux ne se mélangent pas complètement. Jusqu’à environ 60 mètres de profondeur, elles sont oxygénées et accueillent notamment du plancton et des poissons comme l’omble chevalier. Plus bas, les eaux sont confinées, privées d’oxygène et présentent des caractéristiques physico-chimiques très différentes. Elles abritent notamment une très forte concentration de bactéries.
Ainsi, sa surface peut sembler paisible, alors que ses profondeurs racontent une histoire et abritent un fonctionnement complexe. Une dernière métaphore intéressante pour le manager.
Être calme ne signifie pas être lisse ou renoncer à sa vie intérieure.
Un manager peut traverser des périodes de doute, de tension ou d’incertitude. Il ne s’agit pas de supprimer ses émotions, ni de donner en permanence l’image d’une surface parfaitement lisse. L’enjeu est plutôt de pouvoir reconnaître ce qui se passe en soi, prendre suffisamment de recul et choisir la manière dont on va agir.
Cultiver son calme intérieur, c’est apprendre à ne pas laisser nos émotions décider seules de notre manière d’agir.
Dans une période de tension ou d’incertitude, cette capacité du manager à rester stable et tranquille peut contribuer à sécuriser l’équipe. À l’inverse, une réaction non maîtrisée émotionnellement peut amplifier une difficulté déjà présente.
Comme le lac Pavin, nous pouvons avoir beaucoup de profondeur, traverser de multiples états émotionnels et vivre de la complexité sans que tout s’agite en surface.
En guise de conclusion
Alors, que peut nous apprendre la région de Clermont-Ferrand sur le management ?
Peut-être simplement qu’un bon manager est aussi celui qui sait
- Prendre de la hauteur sans perdre le contact avec le terrain.
- Définir un cap tout en restant capable d’ajuster sa trajectoire.
- Mobiliser son énergie, et orienter au mieux ses ressources et celles de son équipe.
- Créer un environnement fertile dans lequel chacun peut grandir et contribuer.
- Et développer suffisamment de stabilité intérieure pour traverser les périodes de turbulence sans transmettre inutilement son agitation.
Prendre de la hauteur. Rester clair sur le cap et flexible sur la trajectoire. Bien orienter son énergie. Faire grandir. Rester ancré.
5 belles leçons que nous offre notre territoire auvergnat.
Et peut-être 5 invitations à regarder autrement notre manière de manager !